Concert Piers Faccini à Lille le 9 février 2017

Zoom sur l'artiste

Plus d'infos sur le concert Piers Faccini à Lille

L'Aéronef et Zamora Productions présentent (l.1-1064625/2-4626/3-4627) ce concert

Piers Faccini a fait un rêve. De Bagdad à Palerme, au milieu d'une mer aride, il y avait une île. Un rocher de poussière et son royaume qui ouvrent des portes bordées d'orangers. La nuit, ils forment des lanternes, des Calabres jusqu'aux Pouilles. Longeant les murs, un homme, avec sa guitare folk et sa viole d'amour, arpente un pavé -palimpseste, des cartes byzantines disparaissent sous ses pas tandis que des écritures grecques, arabes et italiennes se réveillent sur le riff d'un blues touareg. « I dreamed an Island » s'écoute comme on déplie un parchemin sur la peau. Une partition qui résonne sur les broderies orientales d'une méditerranée médiévale et imaginaire. On navigue sur les siècles d'Abd Al Rahman 1er, fondateur de l'émirat de Cordoue - Al Andalus - On traverse l'âge d'or d'une Andalousie douce et guerrière, des fleuves, des vallées, des racines de la psalmodie syrienne à la prose amoureuse de la Sicile arabo-normande. Piers Faccini porte les traces de cette généalogie métissée, chrétienne, juive et arabe ; un londonien qui viendrait de Fez pour échouer en Sicile. Un messager qui joue et chante, dans plusieurs langues, sur les vestiges del Regno, quand Roger II, roi de la Sicile normande, prônait la tolérance et le brassage des cultes. A la cour, on parlait autant l'arabe, l'hébreu et le grec que la langue d'oïl. Sur cette île, des musiciens brodent une fresque mythologique et vivante, toujours forte, que l'on frôle chaque jour. Rêve et réalité s'embrasent, forment des enluminures, des ombres et des arabesques. On s'égare au son de ces prières païennes pour célébrer ces alliances hybrides et éternelles. « Drone » se ballade sous la torpeur et sur les débris nocturnes des massacres entre frères ennemis. Avec un couteau ou un drone, l'histoire est médiévale et se répète. Piers Faccini, prince des mélismes, conte la violence en mariant le guembri de Loy Ehrlich à la viole d'amour de Jasser Haj Youssef. Il fabrique des mini-frettes sur sa guitare micro-tonale pour sonner comme un oud, colore son rêve des percussions galantes de Simone Prattico. Dans « Bring down a wall » il chante en Salentino, le dialecte du sud des Pouilles comme jadis au Royaume de Sicile, accompagné du « ribab », ce luth arabe qui a traversé la méditerranée. Les instruments d'époque s'échangent, le psaltérion de Bill Cooley, la guitare baroque, la mandoline, le théorbe, et les langues se délient dans les cordes en arabe sur un poème du 12eme S. du sicilien Ibn Hambis scandé par Malik Ziad « The Many Were More », Piers Faccini chante en palermitano dans la chicone « Anima », ou encore en Français dans la prose d'un trouvère provençal « Oiseau ». « I dreamed an Island » est une odyssée peuplée de silhouettes qui hantent nos songes. Sur la grande route, le songwritter anglais recompose la polyphonie des soufis dans un souffle ésotérique et sensuel « Beloved » et croise « Judith » qui fuit les barbares avec ses oranges lorsqu'elle tente de franchir un mur pour entrer dans Cordoue. Ce sixième album, est une utopie composée de fables qui chantent ce que nous sommes toujours, des femmes et des hommes d'Orient et d'Occident, les héritiers d'un Royaume riche et pacifié où la musique et la poésie embrassaient toutes les croyances. Piers Faccini, à la croisée des chemins, tresse ses ballades folk sur des madrigaux mauresques amoureux et guerriers. Avec lui, endormi dans le berceau de l'humanité, on rêve de cette île comme d'un nouvel âge d'or qui brille dans la nuit.